les cercles Pétain dans les camps de prisonniers

Des « cercles Pétain » sont créés dans les camps de prisonniers par la « Mission Scapini », qui gère pour la France les prisonniers de guerre. Ces cercles diffusent des journaux, organisent des causeries et des conférences. Une exposition intitulée « L’âme des camps » est organisée à Paris, avec pour objectif de montrer aux Français que, durant leur captivité, les prisonniers continuent à être actifs en mettant à profit cette parenthèse dans leur vie pour élever leur esprit.

Une autre exposition est organisée par le Gouvernement provisoire de la République française, intitulée « Le Front des barbelés ». Elle vise à changer l’image que donnait la précédente des prisonniers de guerre, en les montrant comme des hommes ayant cherché à s’évader ou ayant résisté dans les camps. Il s’agit de réintégrer au plus vite les prisonniers de guerre dans une nation qui s’est déjà identifiée à la Résistance. « L’image de prisonniers-résistants n’est qu’une construction. Elle est indispensable pour que le pays puisse laisser la guerre derrière lui et accueillir ce million et demi de Français nécessaire pour la reconstruction. »

Au plan politique, le désarroi est grand parmi ces prisonniers qui viennent d’éprouver durement la débâcle de l’armée française. À la perte des repères habituels, à la faillite des idéaux, s’ajoute un sentiment profond de culpabilité.. C’est ainsi que Pétain devient vite le recours.
les véritables informations n’arrivent au camp qu’à doses homéopathiques, noyées dans le flot d’une propagande effrénée: « À peine étions-nous

arrivés à l’oflag, encore privés de tout contact avec la France, que la radio allemande nous abreuva de ses émissions

. » La seule presse disponible est la presse allemande locale ou celle, pro-allemande, expédiée de la France occupée, et dûment visée par la censure: Le Matin, Signal, Le Petit Parisien Nul n’échappe à cette propagande d’un régime passé maître dans la manipulation de masse.
D’énormes haut-parleurs perchés sur des poteaux téléphoniques déversent en continu, avec des pauses musicales, l’information officielle nazie.
Ils sont relayés par des haut-parleurs dans chaque cantine.
C’est ainsi qu’en septembre 1940 un courrier annonce que « la mer rejette en ce moment de nombreuses algues vertes » pour signifier les tentatives avortées de débarquement allemand en Angleterre.
La résistance opiniâtre des Anglais est ainsi exprimée en janvier 1941 « Décidément, nos touristes n’ont pas le pied marin

 

Il y a même place dans le camp pour une action plus militante : créé en décembre 1941 à Gross-Born par le colonel Vendeur, chef français du camp, le « cercle Maréchal-Pétain » se donne pour mission de propager les thèses de la Révolution nationale et de contribuer au culte de la figure paternelle, protectrice du chef de l’État français. Ce «cercle Pétain  a aussi pour fonction de coordonner l’organisation du camp, de mettre à disposition les salles nécessaires aux diverses activités. Il est la structure collective qui permet l’organisation d’une entraide entre les prisonniers, organisant par exemple l’échange des colis pour éviter que ceux qui ne reçoivent rien ne soient totalement démunis. Il n’implique aucune forme de collaborationisme: « Pour nous, c’était le drapeau qui continuait. Le portrait de Pétain qui était affiché, c’était comme si le drapeau bleu-blanc- rouge était brandi

  Il y aura donc des « journées Pétain » ; des loteries de camps, dont la première tranche s’appellera « tranche Maréchal Pétain » ; des phrases du Maréchal dans certaines baraques et, parmi toutes les phrases reproduites, la plus souvent citée est sans doute celle qui ouvre sur l’espérance : « Prisonniers, mes amis, c’est sur vous que je compte pour être l’aile marchante du grand mouvement de redressement national, le véritable ciment de cette unité française que j’ai le devoir de maintenir. » Il y aura des messages lus, non seulement officielle­ment devant tous les captifs assemblés, mais encore commentés, au milieu d’auditoires généralement sympathisants, par des propagandis­tes bénévoles ou — cela arrive — par des hommes qui espèrent se faire « bien voir » et accélérer leur rapatriement ; des envois conformistes ou touchants, cannes sculptées, adresses de confiance enfermées dans un bâton aux sept étoiles, poèmes enluminés, maquettes de navires ou d’avions qui ont, dans les salons de Vichy où sont rassemblées les « offrandes », la place d’honneur ; et cette montre, toute simple, cadeau des prisonniers du Doubs, que Philippe Pétain conservera avec lui jusqu’à la mort ; des fêtes de charité organisées à l’intérieur du camp, pour le Secours national, les captifs dépouillés se dépouillant à l’intention des pauvres de France.

La propagande éclate partout.

Pour les uns, les Cercles Pétain constituent la meilleure manière d’aider et de soutenir le Maréchal mal entouré, soumis aux pressions allemandes. D’autres vont beaucoup plus loin. Le général Didelet qui arrive au camp de Stablack, en Prusse-Orientale, où 3 500 aspirants prisonniers ont finalement été regroupés, leur dit, le 14 août 1941 : « Ce que l’on a fait, ici, pour la première fois, c’est d’affecter un général et des officiers à un camp de prisonniers pour permettre à un chef d’État d’exercer une action sur des hommes en captivité ; ce qui se fait aussi pour la première fois, c’est que le gouvernement français charge un général d’une action politique ; j’entends, bien entendu, ce mot « politique » dans son sens noble… C’est d’un coeur ardent que, dans toutes vos pensées et dans tous les détails de votre action journalière, vous devez suivre le chef de l’État. Il ne suffit pas seulement de crier « Vive Pétain », il faut vouloir ce qu’il veut et il faut se pénétrer de sa doctrine. » Mais il ajoute, après ces banalités d’usage : « C’est la première fois de l’Histoire européenne qu’un État français, dégagé, selon le mot de son chef, des amitiés et des inimitiés anciennes, c’est-à-dire dégagé du passé, négocie avec une Allemagne nationale-socialiste dont la conception du monde est quelque chose d’entièrement nouveau… Notez qu’en des temps antérieurs un vain­queur eût aimé voir la désunion et le désordre s’installer chez le vaincu… Aujourd’hui, rien de tel, l’Allemagne semble ne rien tant désirer que de nous voir tous groupés derrière Pétain . »

A Stablack, les choses sont poussées si loin que, chaque jour, a lieu, dans toutes les baraques, « le quart d’heure Pétain » au cours duquel un aspirant explique à ses camarades les idées directrices de la Révolution nationale. A l’aide des textes officiels arrivés de France, les aspirants résument ainsi la doctrine sur laquelle vivra désormais la France nouvelle : Reconnaissance de la primauté de la famille, de le hiérarchie, de l’agriculture… et de la race. 

 

 

Le cercle Pétain est aussi le lieu d’une activité culturelle, et c’est dans ce cadre que Ricœur prononce ses premières conférences au camp. Installé dans le gymnase d’Arnswalde en 1943, le cercle orne les fenêtres qui don nent sur la cour de photographies de paysages de France, d’affiches rap pelant les principes de la Révolution nationale et de portraits du Maréchal ; c’est ce que l’on appelle alors la « vitrine du cercle Maréchal-Pétain ». Par ailleurs, le cercle encadre des ateliers d’étude des textes du gouvernement de Vichy et assure une liaison permanente entre sa direction et des délégués dans chaque block et à chaque étage. Ce culte de Pétain traduit aussi dans les premiers temps l’espérance d’un retour rapide en France, d’une possible libération… du camp. Il est aussi l’occasion d’un véritable consensus entre des prisonniers qui s’étaient déchirés avant-guerre en défendant des opinions farouchement opposées : « Au début de la captivité, tout le monde était unanime. Il n’y avait pratiquement pas de divergences
 

Avant le grand tournant de novembre 1942 suscité par le débarquement réussi des Alliés en Afrique du Nord et la riposte allemande occupant toute la zone sud jusqu’à la Méditerranée, Ricœur bascule et son éphémère soutien à Pétain s’effondre dès mai 1942

 

À partir de là, le camp bascule et un esprit de résistance emporte l’adhésion de l’essentiel des prisonniers. Chaque fois que les prisonniers apprennent une grande nouvelle des fronts de guerre, le colonel commande à toutes les chambrées : « Grande tenue et garde-à- vous ! » pour l’appel en signe d’hommage au combat mené contre l’Allemagne. Le « Journal parlé » prend d’ailleurs une autre dimension à partir de 1943 avec l’installation d’une radio clandestine. Le journal interne au camp s’intitule dès lors l’ ISF. (« Ils sont foutus »). La radio permet surtout de capter les informations de la BBC de 19 heures à 21 h 30 et de diffuser dans le camp jusqu’à cinq éditions par jour. Les prisonniers vivent au rythme des avancées alliées, de la progression de la résistance au nazisme et de la découverte d’une France libre dirigée par un certain général de Gaulle.
La radio clandestine informe de l’avancée des fronts de combats

 En 1944, le retournement est donc radical : le cercle Pétain est tombé en pleine léthargie, vestige d’un temps révolu. Les prisonniers sont redevenus de vrais soldats vivant au rythme des victoires alliées. C’est dans ces circonstances que le 14 juillet 1944 donne lieu à une manifestation patriotique dans le camp.

Le 24 août, à l’occasion de l’appel, soldats et officiers se rassemblent en grande tenue et au garde-à-vous dans un silence étourdissant, pour célébrer la libération de Paris.

L’heure de la délivrance n’est pas loin.

 

les cercles pétain dans les camps

les cercles pétain dans les camps

 

mouvement pétain au stalag IV G

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A SUIVRE….

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