préambule

La Shoah: mot hébreu signifiant “catastrophe”désigne la persécution et l’extermination systématiques et bureaucratiques d’environ 6 millions de Juifs, par le régime nazi et ses collaborateurs.

Le terme grec “Holocauste” qui signifie “sacrifice par le feu” est également utilisé.

Les nazis, qui arrivèrent au pouvoir en janvier 1933, pensaient que les Allemands étaient “racialement supérieurs” et que les Juifs, qu’ils considéraient inférieurs, représentaient une menace étrangère pour la “communauté raciale allemande”.

 

Ou tout fut décidé et planifié:

la conférence de Wannsee

Le 29 novembre 1941,

le grand maitre de l’holocauste

Heydrich envoie une invitation pour une réunion de planification sur la «Solution finale de la question juive» aux directeurs généraux de plusieurs grands ministères (Intérieur, Plan, Propagande, Justice, Territoire de l’Est).

Contexte:

lieu de la conférence de wannsee

Cette conférence à eu lieu durant la Seconde Guerre mondiale(1939-1945), en 1942 à Berlin dans une villa au 56-58 Am Grossen Wannsee où 15 hauts dignitaires du Troisième Reich se sont réunis pour débattre de l’organisation de «La solution finale à la question juive».

Doivent également y participer des membres de la SS :

le chef de la Gestapo Heinrich Müller

Müller Heinrich

 

  • Adolf Eichmann, adjoint de Heydrich responsable de la question juive.

adolf eichmann

Prévue le 9 décembre, elle est reportée à cause de l’attaque de Pearl Harbor l’avant-veille et de l’entrée en guerre du Japon et de l’Allemagne contre les États-Unis.

Hitler y voit la justification de sa «prophétie»  du 30 janvier 1939 selon laquelle «la race juive en Europe serait anéantie si la juiverie financière internationale, hors d’Europe et en Europe, devait réussir à précipiter encore une fois les peuples dans une guerre mondiale».

Organisation

La réunion est organisée par Reinhard Heydrich, le second de la SS et le chef du RSHA (Office central de la sécurité du Reich)

heinrich muller

, qui depuis 1941 travaillais avec son Etat Major sur l’évacuation des Juifs de tous les territoires occupés par l’Allemagne vers des camps de travail à l’Est.

La réunion est fixée pour le 20 janvier 1942.

 C’est une réunion d’une heure et demie au cours de laquelle Reinhard Heydrich, le chef des services de sécurité allemands  la Sicherheitspolizei (SD) et le Reichsicherheits-Hauptamt (RSHA)  expose les modalités de la «Solution finale de la question juive» (en allemand :Endlösung der Judenfrage).

Il fait valoir que son projet initial d’émigration forcée des Juifs d’Europe ou de déportation à Madagascar a été rendu impossible à cause de la guerre. Il s’agit donc désormais d’«évacuer vers l’est»  tous les Européens israélites ou considérés comme tels par les nazis.

Heydrich sait que plusieurs des fonctionnaires présents sont rétifs à l’idée d’extermination mais il a besoin de leur concours pour les aspects logistiques de l’opération, aussi évite-t-il d’employer dans sa présentation les termes d’extermination ou de mise à mort.

les décideurs de la Solution Finale

Mais il y vient à la fin de la réunion, une fois que les participants ont agréé le principe de l’évacuation, sous l’autorité exclusive de la SS.

Adolf Eichmann en a dressé le procès-verbal écrit. Il répertorie le nombre de Juifs à déporter, pays par pays (aussi bien les 200 Juifs d’Albanie que les 5 millions de Juifs d’URSS !), arrivant à un total de onze millions de personnes !

Il évoque par ailleurs, et c’est le plus grave, le traitement promis à ces communautés, en détaillant les modalités logistiques mais en se gardant toutefois de parler de la mort, selon la traduction qu’en donne l’historien Édouard Husson.

Ainsi peut-on lire : «Au cours de la solution finale, les Juifs de l’Est devront être mobilisés pour le travail avec l’encadrement voulu. En grandes colonnes de travailleurs, séparés par sexe, les Juifs aptes au travail seront amenés à construire des routes dans ces territoires, ce qui sans doute permettra une diminution naturelle substantielle de leur nombre.

Pour finir, il faudra appliquer un traitement approprié à la totalité de ceux qui resteront, car il s’agira évidemment des éléments les plus résistants, puisque issus d’une sélection naturelle, et qui seraient susceptibles d’être le germe d’une nouvelle souche juive, pour peu qu’on les laisse en liberté (voir l’expérience de l’histoire).

…Les Juifs évacués passeront d’abord, convoi par convoi, par des ghettos de transit, et de là seront transportés plus loin à l’Est…

Peu après la conférence de Wannsee (20 janvier 1942), Adolf Eichmann déclarait : « la question juive dans son ensemble n’est plus qu’une question de transport.

Hitler et ses hommes de confiance avaient pour règle de ne jamais ordonner quoi que ce soit par écrit, d’où le caractère rarissime de documents comme celui-ci, concernant la dictature hitlérienne 

Après la réunion de Wannsee, le processus industriel d’extermination va de fait s’intensifier. Il avait débuté le 8 décembre 1941 au camp de Chelmno, dans le Warthegau ( la Pologne occidentale que les hitlériens projetaient de germaniser) avec l’extermination par le gaz de plusieurs centaines de Juifs par le commando de Herbert Lange.

Le 16 janvier commençait l’extermination des habitants du ghetto de Lodz. 

Au même moment, la chambre à gaz d’Auschwitz-Birkenau était dédiée à l’extermination des Juifs et non plus des prisonniers soviétiques.

Sur tous les territoires occupés, Heydrich ordonne les grandes rafles des Juifs, notamment à Paris où, les 16 et 17 juillet 1942, près de 13 000 juifs sont arrêtés puis rassemblés dans l’enceinte du Vélodrome d’Hiver, le Vel’d’Hiv

C’est l’organisation méthodique du voyage sans retour vers les chambres à gaz d’Auschwitz.

La conférence de Wansee, c’est le crime à l’échelle industrielle.

Les Juifs, par milliers, sont entassés dans des fausses douches et gazés. 95% des juifs déportés sont tués à leur arrivée.

Après les exécutions de masse par en Russie, le génocide s’amplifie.

 le camp de concentration d’Auschwitz

Nous devons délivrer la nation allemande des Polonais, des Russes, des Juifs et des Tziganes.

Otto Thierack, ministre de la Justice du Troisième Reich.

entrée du camp de concentration d´AUSCHWITZ

entrée du camp de concentration d´AUSCHWITZ

 

Vous n’êtes pas dans un sanatorium ici, mais dans un camp de concentration allemand, où la seule façon de sortir est par la cheminée.

Si quelqu’un n’aime pas ça, il peut essayer les barbelés.

S’il y a des Juifs parmi vous, ils n’ont pas le droit de vivre plus de deux semaines.

S’il y a des prêtres, ils pourront vivre pendant un mois,

et le reste, trois mois. »

 Karl Fritzsch, dirigeant du camp

C’est par ces paroles que sont ‘accueillis’ les déportés….

entrée du camp d'oswiecim

entrée du camp d’oswiecim

le complexe comptait une quarantaine de camps et de camps annexes.

Auschwitz était et est toujours en Pologne un carrefour ferroviaire important comportant une gare de triage. C’est un des éléments prédominants  pour y installer trois camps de concentration (Auschwitz I, II et III) dans cette ville.

il existe 3 camps principaux une prison, un camp de la mort, Birkenau, et différents camps de travail appelés Buna-Monowitz

  •  Auschwitz I
  • Au départ, une ancienne caserne de l’armée autrichienne modifiée en avril-mai 1940 pour accueillir ses Premiers occupants en juin 1940

ses commandants

Rudolf Höss,

puis Arthur Liebehenschel,

ss arthur liebehenschel

 

puis Richard Baer

richard baer

 

plan d’auschwitz I

Auschwitz II Birkenau

  • Date de création : Septembre 1941

son commandant

Josef Kramer

Lagerführer : Maria Mandel

Maria Mandel a droite à auschwitz

 

Auschwitz II Birkenau

 

Plan AUSCHWITZ II

  • Auschwitz III

Date de création : Février 1941, lors de l’installation de l’usine Buna d’I.G.Farben

son Commandant 

l’HauptsturmführerHeinrich Schwarz

SS Schwarz

Lagerführer : Schoettel

Vinzenz Schoettl

 

Ils sont situés à quelques dizaines de minutes les uns des autres.

A une distance de 3 Km environ du camp principal se trouve le KL Auschwitz II – Birkenau- construit près du village de Brzezinka.

situation des 3 camps

Birkenau occupe une surface de 175ha sur lesquels il y a plus de 300 baraques (Seuls 45 baraquements en briques et 22 en bois sont aujourd’hui restés intacts).

Le camp de Birkenau est divisé en plusieurs zones et secteurs (B I, B II,B III) qui constituent des camps à part.

  • Le camp des hommes ;
  • Le camp des femmes ;
  • Le camp de la quarantaine ;
  • le camp pour familles de Teresin (Theresienstadt) ;
  • Le camp de juives hongroises ;
  • Le camp des Tziganes ;
  • Le « Mexique » ;
  • le « Kanada ».

Les installations qui vont servir à l’extermination comportent :

  • quatre Krematorium (morgues-chambres à gaz « Leichenkeller » et fours crématoires) ;
  • deux chambres à gaz « provisoires » situées dans des fermes des paysans et adaptées ;
  • des fosses et des bûchers d’incinération.

 

Hitler a ordonné la construction d’Auschwitz-Birkenau en Pologne un an après l’invasion des forces allemandes en 1939.

L’envahisseur allemand installa également sur les terres polonaises occupées des camps de concentration.

Le premier camp de concentration sur le territoire polonais, prévu pour 30 000 prisonniers, fut mis en place à Oświęcim, en Silésie, en mai 1940 c’était le camp d’Auschwitz.

Il fut créé en lien avec les arrestations massives de Polonais censées empêcher le développement du mouvement de résistance qui s’étendait à des groupes toujours plus grands parmi la population polonaise.

Près de 8 000 Polonais soupçonnés d’appartenir à la résistance furent ainsi incarcérés dans le camp entre sa création et la fin de l’année 1940.

Du camp d’Auschwitz dépendaient plus de 40 sous-camps dans lesquels les prisonniers étaient forcés de travailler pour des groupes industriels allemands.

univers concentrationnaire en 1939

Le premier groupe qui fut dirigé vers le camp d’Auschwitz pour y être exterminé (à la fin de 1941) était constitué de prisonniers de guerre soviétiques. 10 000 prisonniers y moururent d’inanition.
Des Roms de toute l’Europe y furent également acheminés dans le but d’être anéantis. Une partie du camp leur fut réservée et des familles entières y furent placées pour être ensuite tuées dans les chambres à gaz.
A partir de 1942, lorsque les Allemands s’attelèrent à la réalisation du génocide des Juifs (le terme officiel était « règlement définitif de la question juive », Endlösung der Judenfrage), les population sjuives de toute l’Europe commencèrent à être acheminées vers le camp d’Auschwitz.

Auschwitz fut désigné comme le camp qui devait recevoir les déportés en provenance de l’ouest et du sud de l’Europe, en raison de ses liaisons ferroviaires. Le lieu avait des voix de chemins de fer liées avec différents endroits. Ainsi la plupart des juifs français, néerlandais, belges et quasiment la totalité des juifs de Hongrie allaient être envoyés à Auschwitz.

Une fois arrivés dans le camp, les Juifs étaient tués avec du Cyklon B ou des gaz d’échappement. En vingt-quatre heures, il était possible de gazer et d’incinérer dans les crématoires environ 9 000 personnes.

quelques chiffres:

Les nazis y ont déporté au moins 1,3 million de personnes, dont 1,1 million de Juifs.

Parmi les prisonniers, 1,1 million ont péri dans ce camp. La plupart étaient Juifs, qui ont presque tous été exterminés dans les chambres à gaz.

plus de 9000 SS sont chargés de la tenue du camp et sont principalement allemands.

Avant la guerre ils étaient agriculteurs, bouchers, enseignants, cordonniers parmi d’autres emplois….

l’extermination

Face à l’arrivée de centaines de milliers de déportés, les SS cherchent à améliorer le rendement de leurs usines de mort et des ingénieurs sont chargés de la conception d’unités combinées plus efficaces. « C’est un lieu d’environ 250m² qui regroupe la salle de déshabillage, la chambre à gaz et le crématoire à la sortie.

Cela n’existe qu’à Auschwitz. C’est la réflexion poussée à son maximum d’une mise à mort industrielle »

Les premières chambres à gaz de Birkenau fonctionnèrent à partir de juillet 1942.

Les cadavres étaient alors encore brûlés dans des charniers à ciel ouvert. Le rythme des tueries s’accéléra et, au printemps 1943, quatre nouveaux ensembles de chambres à gaz ­ avec des fours crématoires adjacents ­ furent construits par la société Kopf qui en avait obtenu le marché.

Les nouveaux arrivants étaient rapidement triés.

Hommes et femmes en état de travailler partaient pour Auschwitz I ou III.

Tous les autres, enfants, vieillards, malades, femmes avec enfants, tous ceux qui ne passaient pas la «sélection», étaient tués immédiatement. Les SS «traitaient» parfois jusqu’à 20 000 personnes par jour.

Les arrivants se déshabillaient, puis sous les coups fonçaient vers ce qu’on leur disait être des salles de douche. Ils étaient enfermés dans ces pièces hermétiquement closes où étaient déversés des cristaux de Zyklon B qui les asphyxiaient en quelques minutes dans d’atroces souffrances.

Les Sonderkommandos, des groupes de déportés juifs forcés à cette besogne et régulièrement éliminés, vidaient les chambres à gaz puis brûlaient les cadavres dans les crématoires, après avoir récupéré les cheveux ainsi que les dents en argent ou en or, métaux précieux qui devaient servir l’effort de guerre du Reich.

 

 

 

 

LE MATIN …..dans le camp des femmes

  Du bord de l’obscurité une voix criait « Aufstehen (1) ».

De l’obscurité une voix en écho criait «Stavache », et il y avait un remuement noir d’où chacune tirait ses membres. Nous n’avions qu’à trouver nos chaussures pour sauter en bas. Sur celles qui ne surgissaient pas assez vite des couvertures, la lanière sifflait et cinglait.

La lanière, à la main de la stubhova (2) debout dans l’allée, volait jusqu’au troisième étage, volait jusqu’au milieu des carrés, fouettait les visages, les jambes endolories de sommeil. Quand tout remuait et bougeait, quand les couvertures partout se secouaient et se pliaient, on entendait un bruit de métal qui s’entrechoque, la vapeur brouillait le clignotement de la bougie au centre de l’obscurité,on découvrait les bidons pour servir le thé.

Et celles qui venaient d’entrer s’appuyaient au mur, la respiration accélérée, aidant leur coeur de la main sur la poitrine. Elles revenaient des cuisines qui étaient loin, loin quand on porte un bidon énorme dont les poignées tranchent les paumes.

Loin dans la neige, dans le verglas ou dans la boue où on avance de trois pas, reculant de deux, avançant et reculant, tombant et se relevant et retombant sous la charge trop lourde à des bras sans force. Lorsqu’elles ont repris baleine, elles disent : « II fait froid ce matin, plus froid que cette nuit.»

Elles disent « ce matin ». Il est pleine nuit, passé trois heures à peine.

(1) Aufstehen : « debout » en allemand Retour

(2) Stubhova : chef de chambrée, déportée choisie par les SS pour faire régner l’ordre dans les les baraques.

     Le thé fume en odeur écœurante. Les stubhovas (2) le servent chichement à nos soifs de fièvre. Elles en gardent la plus grande part pour leur toilette. C’est la meilleure utilisation qu’on en puisse faire, certes, et le désir nous vient de nous laver nous aussi dans une bonne eau chaude. Nous ne nous sommes pas lavées depuis notre arrivée, pas même les mains à l’eau froide.

Nous prenons le thé dans nos gamelles qui sentent la soupe de la veille. Il n’y a pas d’eau pour les gamelles non plus. Prendre son thé, c’est l’emporter de haute lutte, dans une mêlée de coups de bâton, de coups de coude, de coups de poing, de hurlements. Dévorées par la soif et la fièvre, nous tourbillonnons dans la mêlée. Nous buvons debout, bousculées par celles qui craignent de n’être pas servies et par celles qui veulent sortir, parce qu’elles doivent sortir tout de suite, dès qu’elles sont debout il faut qu’elles sortent tout de suite.

Le sifflet siffle le dernier coup.

 Alles raus. (3)

La porte est ouverte aux étoiles.

Chaque matin il n’a jamais fait aussi froid. Chaque matin on a l’impression que si on l’a supporté jusqu’ici, maintenant c’est trop, on ne peut plus. Au seuil des étoiles on hésite, on voudrait reculer. Alors les bâtons, les lanières et les hurlements se déchaînent.

Les premières près de la porte sont projetées dans le froid.

Du fond du block, sous les bâtons, une poussée projette tout le monde dans le froid.

Dehors, c’est la terre à découvert, des tas de pierres, des tas de terre, autant d’obstacles à contourner, des fossés à éviter, avec le verglas, la boue ou la neige et les excréments de la nuit. Dehors, le froid saisit, saisit jusqu’aux os. Nous sommes transpercées de froid.

En lames glacées. Dehors, la nuit est claire de froid. Les ombres de lune sont bleues sur le verglas ou sur la neige.

(3) Alles raus : « tout le monde dehors »

     C’est l’appel.

Tous les blocks (4) rendent leurs ombres. Avec des mouvements gourds de froid et de fatigue une foule titube vers la Lagerstrasse (5). La foule s’ordonne par rangs de cinq dans une confusion de cris et de coups. Il faut longtemps pour que se rangent toutes ces ombres qui perdent pied dans le verglas, dans la boue ou dans la neige, toutes ces ombres qui se cherchent et se rapprochent pour être au vent glacé de moindre prise possible.

     Puis le silence s’établit.

     Le cou dans les épaules, le thorax rentré, chacune met ses mains sous les bras de celle qui est devant elle. Au premier rang, elles ne peuvent le faire, on les relaie. Dos contre poitrine, nous nous tenons serrées, et tout en établissant ainsi pour toutes une même circulation, un même réseau sanguin, nous sommes toutes glacées. Anéanties par le froid.

Les pieds, qui restent extrémités lointaines et séparées, cessent d’exister. Les godasses étaient encore mouillées de la neige ou de la boue d’hier, de tous les hiers. Elles ne sèchent jamais.

     Il faudra rester des heures immobiles dans le froid et dans le vent. Nous ne parlons pas. Les paroles glacent sur nos lèvres. Le froid frappe de stupeur tout un peuple de femmes qui restent debout immobiles.

Dans la nuit.

Dans le froid.

Dans le vent.

     Nous restons debout immobiles et l’admirable est que nous restions debout. Pourquoi ? Personne ne pense « à quoi bon » ou bien ne le dit pas. A la limite de nos forces, nous restons debout.

     C’est l’appel du matin. Le ciel se colore lentement à l’est. Une gerbe de flammes s’y répand, des flammes glacées, et l’ombre qui noie nos ombres se dissout peu à peu et de ces ombres se modèlent les visages. Tous ces visages sont violacés et livides, s’accentuent en violacé et en livide à proportion de la clarté qui gagne le ciel et on distingue maintenant ceux que la mort a touchés cette nuit, qu’elle enlèvera ce soir.

Car la mort se peint sur le visage, s’y plaque implacablement et il n’est pas besoin que nos regards se rencontrent pour que nous comprenions toutes en regardant Suzanne Rose qu’elle va mourir, en regardant Mounette qu’elle va mourir.

La mort est marquée à la peau collée aux pommettes, à la peau collée aux orbites, à la peau collée aux maxillaires. Et nous savons qu’il ne servirait de rien à présent d’évoquer leur maison ou leur fils ou leur mère.

Il est trop tard. Nous ne pouvons plus rien pour elles.

L’ombre se dissout un peu plus.

Les aboiements des chiens se rapprochent.

Ce sont les SS qui arrivent.

Les blockhovas crient « Silence !» dans leurs langues impossibles. Le froid mord aux mains qui sortent de sous les bras.

Quinze mille femmes se mettent au garde-à-vous.

     Les SS passent; grandes dans la pèlerine noire, les bottes, le haut capuchon noir. Elles passent et comptent.

Et cela dure longtemps.

Quand elles sont passées, chacune remet ses mains aux creux des aisselles de l’autre, les toux jusque-là contenues s’exhalent et les blockhovas crient « Silence! » . Il faut attendre encore, attendre le jour.

(4) block : baraque du camp

(5) Lagerstrasse : « rue du camp », allée principale conduisant à la place d’appel.

L’ombre se dissout.

Le ciel s’embrase.

On voit maintenant passer d’hallucinants cortèges.

Ce sont les mortes de la nuit qu’on sort des revirs (6) pour les porter à la morgue. Elles sont nues sur un brancard de branches grossièrement assemblées, un brancard trop court. Les jambes les tibias pendent avec les pieds au bout, maigres et nus.

La tête pend de l’autre côté, osseuse et rasée. Une couverture en loques est jetée au milieu. Quatre prisonnières tiennent chacune une poignée du brancard et c’est vrai qu’on s’en va les pieds devant, c’était toujours dans ce sens-là qu’elles les portaient.

Elles marchent péniblement dans la neige ou dans la boue, vont jeter le cadavre sur le tas près du 25 (7), reviennent la civière vide à peine moins lourde et passent de nouveau avec un autre cadavre.

C’est tous les jours leur travail de tout le jour.

Je les regarde passer et je me raidis. Tout à l’heure je cédais à la mort.

A chaque aube, la tentation. Quand passe la civière, je me raidis. Je veux mourir mais pas passer sur la petite civière. Pas passer sur la petite civière avec les jambes qui pendent et la tête qui pend, nue sous la couverture en loques. Je ne veux pas passer sur la petite civière.

(6) revir ou Revier : infirmerie du camp, en réalité plutôt un mouroir.

(7) Le 25 : le « block » 25. Retour

La mort me rassure : je ne le sentirais pas. « Tu n’as pas peur du crématoire (8), alors pourquoi? »  La répugnance l’emporte. Je ne veux pas passer sur la petite civière.

L’ombre se dissout tout à fait. Il fait plus froid.  Le rouge du ciel s’éteint et tout le ciel blêmit et au loin du ciel blême apparaissent les corbeaux qui fondent noirs sur le camp, en vols épais.

Nous attendons la fin de l’appel.

Nous attendons la fin de l’appel pour partir au travail.

(8) Le crématoire : le four crématoire où étaient brûlés les corps

 

Charlotte Delbo, rescapée d’Auschwitz,

Auschwitz et après, tome I, Aucun de nous ne reviendra,

Editions de Minuit, 1970.

 

Le professeur Waitz décrit la nourriture à Auschwitz III

   « Le détenu reçoit de la soupe et des « portions ».

Midi et soir, il touche un litre de soupe. À midi, il s’agit d’eau chaude avec quelques fragments de légumes séchés, des tiges plus ou moins ligneuses, parfois quelques feuilles de chou, des navets qui flottent dans cette eau.

Le soir la soupe est plus épaisse. Quatre fois par semaine, elle consiste en une soupe contenant quelques très rares pommes de terre, mal pelées, noirâtres et à moitié pourries ; elle est épaissie avec de la fécule. Deux fois par semaine est distribuée une soupe de rutabagas souvent immangeable et une fois une soupe d’orge très cuite, véritable colle de pâte, ou une soupe de petit blé.

Dans la soupe de rutabagas, il n’y a jamais de matière grasse.

Dans les autres soupes du soir, 1 ou 2 grammes au maximum par litre. À la cuisine, les détenus volent les cubes de margarine. Les portions comportent du pain, riche en son et souvent en sciure de bois, 300 à 350 grammes par jour. Avec le pain, cinq fois par semaine un rectangle de margarine pesant 25 grammes, soit 5 grammes de matière grasse ; une fois par semaine un petit morceau de saucisse en partie végétale (75 grammes environ) et une fois par semaine une ou deux cuillerées à soupe de marmelade (20 grammes).

De temps à autre, deux cuillerées à soupe de fromage blanc (30 à 40 grammes). Il faut souligner que ce qui précède constitue une quantité maximale d’aliments, car de nombreux détenus s’ingénient à réduire ce que reçoivent leurs camarades. Le nombre de calories (1 000 à 1100) ainsi fournies est bien inférieur à la ration vitale minimale nécessaire à l’individu au repos. Au point de vue qualitatif, ce régime est essentiellement végétarien et très déficient en de nombreux éléments essentiels et complètement déséquilibré.

L’eau n’est pas potable. Un demi-litre, au maximum, de succédané de café non sucré est distribué comme boisson. »

 

« Le Tigre »,un kapo parmi tant d’autres

un Blockälteste de la quarantaine à Auschwitz-Birkenau

 

« Quand il frappait, c’était toujours avec des gants de cuir, à cause de la résonance. Je n’en ai connu qu’un qui n’ait pas été renversé du premier coup par ce colosse haut comme un arbre.

Cette mésaventure le mit d’ailleurs en rage. Son prestige avait souffert.

Il ne travaillait jamais sans spectateur. J’ai moi-même entendu parler d’un kapo vert du camp central qui, pour expliquer une nouvelle prise à un collègue, appela un Juif qui passait par là par hasard et démontra sur lui la manière de tuer un homme d’un seul coup.

L’expérience réussit.

Personne n’y prêta attention. »

Max Mannheimer,
cité par Hermann Langbein,
Hommes et femmes à Auschwitz, Fayard, 1975

Le kapo du Kabelkommando

Ce capo était certainement le plus terrible de Monowitz et il avait quelques morts sur la conscience.

     Il était néerlandais et s’appelait JUP.
Il mesurait près de 2 m. et c’était un rouquin.
Toujours le sourire aux lèvres, mais un drôle de sourire, vicieux ou sadique pourrait-on dire. Donc le sourire aux lèvres et la matraque à la main avec laquelle il aimait tant frapper les déportés. Il était déjà depuis un long moment à Monowitz, lorsque je suis arrivé. Il était le Capo du « Kabelcommando » le commando du câble.
Le commando le plus craint. Les déportés devaient installer ces câbles  sous terre. Des câbles très lourds, et il y avait trois hommes sur une distance où il en aurait fallu le double.
Aussi la matraque allait bon train. J’ai toujours eu très peur d’être désigné pour aller dans ce commando. Bien sûr, ça pouvait arriver.
Bref ce capo était un vrai tueur, et s’il y a encore des survivants de Monowitz, ils se souviendront facilement de ce capo.
Petit Paul s’en souvient bien.
Après la libération il a été rapidement exécuté par des déportés qui avaient été ses victimes. Il y avait près de 200 déportés dans son commando. Voilà tout ce que je peux te dire, mais je pense que c’est suffisant pour situer  le personnage, que les SS aimaient bien, et pour cause.
»
Serge Smulevic

 

un dossier photo  effectué par mon ami Christophe, lors de son voyage en 2017

qu’il en soit remercié….

 

 

la machine à mort

 

 

les traces de leur passage

Jusqu’à l’automne 1944, 2 000 kilos d’or sont fondus, provenant pour l’essentiel des dents prélevées sur les cadavres.

Pierres précieuses, argent, valeurs et autres objets précieux par caisses entières sont amassées dans le Kanada. Sans compter les montagnes de vêtements, sacs en cuir, chaussures, lunettes, stylos, briquets…

ni les tonnes de cheveux qui finissent dans les interstices des coques des U-Boote, dans les coussins ou dans certains vêtements allemands…

Lors de la libération, les Soviétiques découvrent 836 525 vêtements féminins, 348 820 vêtements masculins, 43 525 paires de chaussures et un nombre incroyable de brosse à dent, miroirs et autres effets personnels.

Il y a aussi 460 prothèses et 7 tonnes de cheveux humains, achetés 50 pfennig/kilo par la société allemande « Alex Zink » établie en Bavière.

 

le commandant du camp fut pendu sur le lieu même de ses forfaits

 

pour la mémoire

 

a suivre….

 

Le travail

 

camp de concentration d´AUSCHWITZ un commando au travail

camp de concentration d´AUSCHWITZ un commando au travail

récit..

Convaincu qu’il ne survivrait pas, un juif préposé aux fours crématoires a écrit son quotidien au camp. Son récit vient d’être déchiffré.

Marcel Nadjari a vécu l’envers de l’enfer à Auschwitz. Dès son arrivée au camp d’extermination, en avril 1944, ce juif grec a été enrôlé dans les sonderkommandos, les unités de prisonniers chargés de faire tourner chambres à gaz et fours crématoires.

Convaincu qu’il n’en ressortirait pas vivant, Marcel Nadjari a couché l’horreur de son quotidien sur treize pages arrachées d’un carnet. Il les a glissées dans un thermos, enterré près d’un four. C’est ce récit unique qu’a découvert Leslayw Dyrcz, un étudiant polonais, lors de fouilles menées en 1980.

« Coups de cravache »

Un trésor illisible : seuls quelques mots, en cyrillique, étaient encore visibles. Assez pour intriguer l’historien Pavel Polian. Grâce à des nouvelles techniques informatiques, il vient de reconstituer 90% du texte, relatent le quotidien belge De Morgen et plusieurs journaux allemands.

Le sonderkommando y conte ses journées : « La plupart des gens ne se rendent pas compte de ce qui les attend. Aux personnes dont le sort est scellé, je dis la vérité. Une fois nues, elles vont dans la chambre de la mort où les Allemands ont soi-disant installé des douches. À coups de cravache, on les oblige à se serrer comme des sardines dans un bocal, puis on ferme les portes hermétiquement. »

À charge pour lui, ensuite, de récupérer les cheveux des victimes, leurs dents en or, puis de brûler leurs dépouilles.

« Comment pourrais-je craindre la mort après ce que mes yeux ont vu ?, écrit Marcel Nadjari. Je ne suis pas triste de mourir, mais je suis triste de ne pas pouvoir venger les miens. »

Ses parents et sa petite sœur ont péri dans le camp. Lui a survécu à Auschwitz, puis au camp de Mathausen, en Autriche, où il a été transféré quelques semaines avant la fin de la guerre.

À la Libération, il est brièvement retourné vivre en Grèce, avant de s’intaller comme tailleur à New York, avec sa femme.

Il y est décédé à 54 ans, le 31 juillet 1971. Neuf ans avant la découverte de ses écrits.

Ils ont été lus récemment à la synagogue de Thessalonique, par sa fille.

Marcel Nadjari ne lui en avait jamais parlé.

La correspondance

 

 

23 02 1941 auschwitz

23 02 1941 auschwitz

23 02 1941 auschwitz recto

23 02 1941 auschwitz recto

 

un coté surréaliste dans le camp et généralement méconnu du grand public

Le premier bordel a été mis en place en 1942, dans le camp de Mauthausen-Gusen

en 1944, sera installé dans ce camp, un « bordel’ afin de récompensé les plus méritants des détenus…..

Ces femmes transformées en objet et utilisées pour assouvir les plaisirs des hommes n’étaient pas réservées aux soldats de la Wehrmacht. Certains prisonniers des camps aussi pouvaient bénéficier de leurs faveurs à partir de 1942, à travers un décret du leader SS Himmler.

C’était un moyen pour les Nazis de récompenser ceux qui se conduisaient bien et travaillaient avec acharnement.

En effet, certains prisonniers étaient de vrais maîtres d’œuvre dans leur domaine, et les Nazis se rendaient compte qu’ils avaient réellement besoin d’eux. Ils ont donc fini par leur accorder de meilleures conditions de vie, par exemple en les payant en nature pour leur expertise.

Pour vous donner un ordre d’idée, passer 15 minutes avec une esclave sexuelle coûtait 2 marks ; un paquet de cigarettes coûtait plus cher, 3 marks. Il faut savoir que ces bordels étaient aussi utilisés comme « thérapie de conversion » : les Nazis forçaient les homosexuels à avoir des rapports hétérosexuels pour les « guérir ».

Ces femmes traitées comme du bétail, étaient nourries et habillées par les Nazis, et étaient reconnaissables grâce à un triangle noir cousu sur leur manche.

Elles travaillaient essentiellement dans la soirée, dans des petites chambres où les prisonniers  testés au préalable pour ne pas leur transmettre des MST  les rejoignaient, et où seule la position du missionnaire était autorisée.

Ces filles aussi étaient soumises à des tests médicaux réguliers.

En général, leur état avancé de fatigue leur faisait perdre leurs fonctions reproductives mais en cas de grossesse, on les obligeaient à avorter.

Quand elles contractaient une maladie ou devenaient trop faibles, on les envoyait en camp d’extermination.

Ces femmes obligées de donner leur corps dans ces camps étaient en général des personnes accusées de prostitution, où d’avoir eu des contacts avec des ennemis du Reich (des Juifs, des opposants politiques, etc.).

Certaines étaient même volontaires, car c’était un moyen comme un autre de survivre à l’horreur des camps.

Elles avaient entre 17 et 35 ans. Aucune prostituée n’était juive, et les Juifs ne pouvaient pas profiter de ces services de prostitution .

En tout, plus des milliers de femmes  en majorité allemandes ont du offrir leur corps dans les camps de Buchenwald, Dachau, Sachsenhausen ainsi qu’Auschwitz. Certains ouvrages parlent carrément de 34 000 prisonnières sexuelles !

sources:

www.pausecafein.fr

www.ouest-france.fr

https://collections.ushmm.org

le livre de l’historien Robert Sommer, Das KZ-Bordell.

a suivre….

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